—En faisant interner leur mère ?
—Sophie aurait pu s’occuper de Théo.
Je l’ai regardé.
Voilà donc le rôle préparé pour sa maîtresse.
Pas seulement amante.
Remplaçante.
Madeleine a envoyé l’enregistrement à son avocate, puis a appelé la police. Julien tenta de lui arracher le téléphone. Je renversai la table entre eux.
Il nous traita de folles.
Il affirma que nous nous étions associées pour le dépouiller.
Puis il changea de ton.
—Camille, pense à Théo. S’il voit son père arrêté, il ne s’en remettra pas.
—Tu as pensé à lui lorsque tu filmais mes crises ?
—Je voulais qu’il ait une mère stable.
—Alors tu fabriquais son instabilité.
La police arriva vingt minutes plus tard.
Julien avait déjà préparé sa version. Il expliqua que sa mère, jalouse de notre mariage, nourrissait depuis longtemps des accusations délirantes. Il me présenta comme une femme fragile après plusieurs fausses couches.
Un agent
demanda à voir les preuves.
Madeleine lui donna les analyses, les photographies et les échantillons.
Le téléphone de Julien fut saisi.
À l’intérieur, les enquêteurs découvrirent des vidéos de moi filmées après les repas.
Je marchais difficilement.
Je répétais certaines phrases.
Je m’endormais sur le canapé.
Sous chaque fichier, Julien avait ajouté des notes :
**Confusion croissante.**
**Incapable de surveiller Théo.**
**Comportement incohérent devant témoin.**
Il ne s’était pas contenté de provoquer mes symptômes.
Il les avait classés.
Un dossier contenait aussi les projets de courriels qu’il comptait envoyer depuis mon compte après mon hospitalisation.
« Je reconnais ne plus être capable de diriger l’agence. »
« Je demande que Julien prenne toutes les décisions financières. »
« Sophie est une personne de confiance pour mon fils. »
La dernière phrase me fit vomir.
Sophie fut interrogée le lendemain.
Elle reconnut la relation et l’existence de Clara, mais nia avoir su que Julien me droguait.
—Il disait que Camille était malade depuis longtemps.
—Vous saviez qu’il demandait son hospitalisation ? demanda l’enquêtrice.
—Il disait que c’était nécessaire pour sa sécurité.
—Et vous deviez emménager chez elle ?
Sophie baissa les yeux.
—Temporairement.
—Dans sa chambre ?
Elle ne répondit pas.
Lorsque j’ai demandé à la rencontrer, mon avocate m’a déconseillé de le faire.
J’ai insisté.
Sophie s’est assise devant moi dans une salle du commissariat. Elle était élégante, pâle et plus jeune que moi.
—Je suis désolée, commença-t-elle.
—Depuis combien de temps savez-vous qu’il est marié ?
—Depuis le début.
—Que j’existe ?
—Oui.
—Que Théo existe ?
—Oui.
—Vous avez eu un enfant avec lui.
—Il disait qu’il allait vous quitter.
—Pendant cinq ans ?
Elle pleurait.
—Après ma grossesse, il disait que votre état psychologique rendait une séparation dangereuse.
—Il fabriquait cet état.
—Je ne le savais pas.
—Mais vous saviez qu’il préparait une procuration.
—Il disait que vous l’aviez demandée.
—Vous avez vu ma signature ?
—Oui.
—Elle ne ressemblait pas à la mienne.
—Je ne connaissais pas votre signature.
—Vous travailliez dans la même entreprise que moi pendant deux ans.
Elle se tut.